Les chinois vont-ils pouvoir manger

La Chine cherche l’indépendance alimentaire a marche forcée

 

L’ agriculture chinoise représente l’un des rares secteurs au solde commercial négatif, avec un déficit de 31,8 milliards d’euros en 2014. La Chine est pourtant le premier producteur mondial de blé, de riz et de pommes de terre, et le deuxième de maïs. Mais ces records masquent la réalité d’une situation agricole interne partagée entre les impératifs émanant du Parti communiste chinois (PCC) et les transformations sociales du pays, marquées par l’urbanisation et la diversification de l’alimentation.

agriculture asia countryside cropland
Le riz n’est la nourriture de base que au Sud de la chine.

Face à l’angoisse de la pénurie pour un pays de 1,37 Milliard d’habitants en 2015, le PCC a classé les « grains » — blé, maïs, riz, tubercules – comme « produits stratégiques » depuis 1996 avec un objectif d’autosuffisance fixé à 95%. Un tel impératif oriente alors largement la structuration agricole de la Chine. Ainsi, le riz est dévolu aux provinces du sud, sur les piémonts des montagnes, qui concentrent 80 % des ressources en eau du pays. À l’inverse, le blé, le maïs et la pomme de terre de repartissent dans le centre-est et le nord-est, notamment dans les grandes plaines de l’Anhui, du Hebei, du Henan, du jiangsu et du Shandong.

Une évolution de la consommation qui s’explique par la croissance de la population urbaine

La Chine dispose de 122 millions d’hectares de surface agricole cultivée, répartis du nord au sud depuis le littoral oriental vers l’intérieur Mais avec les deux tiers de la superficie du pays situés à plus de 1000 mètres d’altitude, les possibilités d’expansion sont limitées. Une limite compensée en partie par la mousson, dont le climat favorable permet deux ou trois récoltes par an avec des rendements de plus en plus efficaces : pour le blé, il a été multiplié par six entre 1961 et 2012.

Jusqu’aux années 1990, l’économie était centrée sur les villes et l’industrie, en particulier sur la bande côtière de l’est. Le désintérêt du pouvoir pour les campagnes était alors marqué par de forts écarts de revenus avec les villes ainsi que par des émeutes rurales. Les réformes fiscales des années 1990 avaient privé les gouvernements locaux d’une partie de leurs ressources au profit de l’états central. Afin de composer ces pertes, les gouverneurs ont utilisé les terres agricoles aux statuts flous pour les transformer en terrain constructibles à la disposition des promoteurs. En 2010, 187 000 « incidents » étaient recensés dans les campagnes chinoises, dont 65% avaient comme origine des différents fonciers.

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Face à ces pratiques, mais surtout dans le but d’assurer la stabilité sociale du régime, l’état a renforcé les droits des paysans Sur leurs terres. Avec la mise en place du XIeme plan quinquennal pour la période 2006-2010, l’agriculture devient une priorité nationale. Des prix d’achat garantis sont instaurés pour les grains afin de relancer la production. Cependant, dix ans plus tard, les autorités prévoient un début de retour à une logique de marché : le XIII° plan quinquennal (2016-2020) instaure la suppression des prix planchers du maïs en 2016 afin de rapprocher les tarifs chinois des cours mondiaux. Une première expérience qui pourrait ensuite être étendue au blé et au riz.

la Chine est devenue le premier importateur mondial de soja

L’impact de la mesure sur le marché mondial est limité, tant la Chine est déjà importatrice nette de maïs. Mais en interne, la suppression des prix garantis pourrait augmenter les difficultés des paysans, dont la structure est peu à même d’affronter la concurrence internationale. Avec près de 500 millions d’agriculteurs, tous dépendants des aides de l’État, la taille moyenne des exploitations agricoles est de 0,5 hectare, contre 55 en france et 16 de moyenne dans l’UE.

harvest china rice rice fields

Dans le même temps, la Chine devient de plus en plus dépendante de ses importations. Car si la consommation de grains s’est stabilisée, à l’inverse, celle de produits carnés a été multipliée par quatre depuis 1980, tout comme celle de lait et d’oeufs. Le phénomène concerne également les fruits et les légumes, alors même que les objectifs de production de « grains » contraignent les paysans à ne pas répondre à la demande. Une évolution de la consommation qui s’explique par la croissance de la population urbaine (56% de la population en 2015 contre 43% dix ans auparavant, selon les données de la Banque mondiale) et par l’augmentation des ressources financières de celle-ci.

Des investissements sont alors réalisés dans les secteurs agricoles à l’étranger, tout en  augmentant en interne le cheptel. Afin de couvrir ses besoins en approvisionnements Mu fourragers, la Chine est devenue le premier importateur mondial de soja. Avec 58 millions de tonnes en 2012, contre 37 millions de tonnes pour l’ensemble des autres pays du monde, la République populaire se trouve de fait dépendante d’autre producteurs (Argentine, Brésil, États-Unis, soit les plus importants de la planète). Cette situation déplait à Pékin, qui cherche alors à multiplier les partenariats avec de nouveaux acteurs afin d’éviter que sa dépendance alimentaire ne devienne un poids politique trop contraignant.

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