Une relation de conflit dans la Nature de Miyazaki.

Miyazaki n’est pas un « écolo », tout du moins dans le sens occidental du terme, obsédé par son empreinte écologique. Mais s’il ne prêche aucune forme de dogmatisme en la matière, le refus de cette étiquette ne l’empêche pourtant pas d’être un amoureux de la nature, comme l’atteste l’omniprésence de celle-ci dans ses films.

miyzaki hosue

Ce qui importe pour Miyazaki, c’est de promouvoir un rapport d’équilibre (Nausicaä, Monoke) et de préservation (Laputa, Totoro). Cette prise de position n’en fait pas pour autant un ennemi du progrès. Il dénonce seulement l’exploitation irréfléchie de la nature (Nausicaä, Mononoke). En affichant le refus du parti-pris, (entre les insectes et les hommes, dieux de la forêt et clan Tatara), le point de vue de Miyazaki se caractérise par une approche nuancée. Pour lui, civilisation et nature ne sont pas incompatibles, comme l’illustrent si brillamment les robots jardiniers de Laputa. Cependant, le réalisateur demeure lucide en s’interrogeant sur le rapport de force permanent qui caractérise si bien la relation entre l’homme et son écosystème. Et la recherche du compromis n’est pas aisée, en témoigne le choix de dame Eboshi : détruire la forêt afin de préserver l’indépendance de son clan. Un clan égalitaire avec une grande place pour les femmes et un grand soin pour les malades.

Jiko — Écoute-moi bien mon garçon. C’est le  propre de l’homme de vouloir posséder tout ce qui se trouve entre ciel et terre.

Notre relation conflictuelle avec la nature, Miyazaki l’aborde essentiellement dans trois récits : Conan, Nausicaä et Princesse Mononoke. Là aussi, le temps a produit ses effets, car dans les deux premiers cas, ce sont les hommes qui subissent la colère de la nature, à la différence du troisième récit.

もののけ姫、 un des film principaux pour la relation homme nature.

Dans Conan, des années après la montée des eaux provoquée par la guerre, la nature continue de réagir à coup de tremblements de terre et de tsunamis. Dans le monde de Nausicaä, l’action humaine (la guerre) provoque de grands raz de marées sanctionnant une brusque poussée de la Mer de Décomposition ( une foret toxique). Contraints à la défensive, les hommes en sont venus à détester cette forêt mortelle, car « la haine appelle la haine ». Cette de attitude de rejet, nous la retrouverons chez le père de Nausicaä et surtout chez la princesse Kushana (film), quand elle s’exclame : « Exterminez les insectes, brûlez la forêt toxique. Servez-vous du guerrier pour débarrasser la terre de la Fukaï. » Il en ira de même dans le manga, lorsqu’un bonze dork explique que les ômus ne sont que de « vulgaires insectes » qu’il convient d’utiliser comme de la chair à canon pour gagner la guerre.

Ashitaka — Quelle magnifique forêt Moro la louve — Les sangliers  sont en marche . La forêt dévastée pleure à leur passage. Mais tu ne peux entendre le sanglot des arbres. Moi je demeure ici à écouter leur lente agonie.

Une autre scène mettra l’accent sur la stupidité humaine. Lors de la retraite de l’armée tolmêque, une nef volante rentre au pays, chargée de butins. À bord, alors que les pilotes viennent de repérer un insecte-dragon, un marchand décide de l’abattre pour s’amuser et « tuer » son ennui, Malgré l’avertissement d’un membre d’équipage, l’homme tire sans réaliser son erreur, Car aussitôt après, une nuée d’insectes volant se rue sur le vaisseau pour l’anéantir. Notre espèce exploite la nature sans réfléchir un seul instant aux conséquences.

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En revanche, dès que celle-ci exerce sa fureur sur l’humanité, nous préférons nous plaindre plutôt que de nous interroger sur la valeur de nos actes. Cette incompréhension est notamment illustrée par maître Yupa. Même s’il pense connaître la vérité sur la Mer de Décomposition (purifier la planète), il ne comprend pas les raisons qui poussent cet écosystème à détruire « les animaux et les plantes de l’ancien monde. Quel besoin y aurait-il de vouloir anéantir jusqu’aux formes de vie bien antérieures à l’homme ? » En plongeant dans un passé lointain, Princesse Mononoke inverse le rapport de force. Dans la guerre fratricide opposant les forces de la nature à celle de l’homme, les dieux déclinants de la forêt ne peuvent que reculer, victimes de la puissance technologique de leurs adversaires. Quand l’armée des sangliers décide d’attaquer, leurs ennemis disposent d’un armement parfaitement adapté pour les tailler en pièces ; confrontés aux explosifs, les animaux de la forêt, aussi grands soient-ils, ne peuvent rien faire.

À cela s’ajoute les montagnes déboisées pour faciliter l’exploitation du sous-sol. Avec Princesse Mononoke, Miyazaki nous rappelle que l’homme dévaste la nature sans réaliser qu’il risque de précipiter sa propre destruction. Son obstination et son aveuglement sont symboliques d’une espèce qui perd le contact avec ses racines les plus anciennes, au point de se croire capable d’exister en malmenant son biotope.

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