Lutte de classe : Seconde partie

Comment analyser la structure sociale en France aujourd’hui ?

les catégories socioprofessionnelles: un outil utile mais discuté

En France, l’INSEE a choisi d’accorder une grande importance à la profession pour construire ses groupes sociaux. Son premier classement professionnel par professions date de 1954. Il a été révisé en 1982 pour donner naissance aux professions et catégories socioprofessionnelles (PCS: nomenclature créée par l’INSEE pour classer les individus en fonction de plusieurs critères: statut indépendant/ salarié, niveaux de qualification, position hiérarchique).

Les actifs sont répartis en 6PCS: agriculteur exploitant (2% PA occupé), ACCE (6,5), CPIS (18%), profession intermédiaire (24,7%), employée (28,1%), ouvrière (20,8%).

Le premier intérêt des PCS est de pouvoir décrire l’évolution de la structure de la société française. Grâce à ce classement on a pu constater par exemple que les ouvriers, qui représentaient le groupe majoritaire en 1970 (plus de 40% des actifs), ont connu une baisse de leurs effectifs et ne représentent plus aujourd’hui qu’environ 23% des actifs. Ils sont aujourd’hui devancés par les employés (prés de 30% des actifs).
Le second intérêt des PCS est de pouvoir révéler des ressemblances et des différences de comportement . Ces comparaisons permettent en particulier de constater les inégalités qui traversent la société. On sait, par exemple, que les PCS ne sont pas égales devant la mort: un ouvrier a en effet deux fois plus de probabilité de décéder entre 35 et 65 ans qu’un cadre.
Aujourd’hui, certaines PCS souffrent d’un manque d’homogénéité: elles regroupent en effet de façon un peu artificielle des individus assez éloignés par leurs activités, leurs revenus ou encore leur mode de vie. Ainsi, on classe dans la même PCS un petit paysan bio qui gère sa petite ferme et un grand producteur qui récolte des centaines de tonnes de céréales.

On entend dans tous les médias parler des classes moyennes », des classes qui sembleraient aujourd’hui constituer le coeur de la société française.

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la multiplication des critères de différenciation sociale

La socialisation produite aujourd’hui des individus éclectiques, étant donne que les individus se socialisent à des normes et valeurs qui sont moins homogènes) qu’avant, on peut moins prévoir les individus. (Exemple: ouvrier comportement électoral plus diversifier; réflexion de Bernad Lahive).

Aujourd’hui, le capital économique ou le capital culturel semblent parfois ne plus être suffisants pour distinguer les groupes sociaux. Voilà pourquoi la structuration de la société en classe sociale ou PCS est aujourd’hui de plus en plus remise en cause par une multiplication des critères de différenciation sociale, ce qui signifie:

1) qu’il faut recourir aujourd’hui à d’autres critères que le capital ou culturel pour comprendre les distinctions qui existent entre certain groupe social : en effet , certaines pratiques sociales fondées sur des critères comme l’âge, le langage ou encore le  lieu de vie (urbain, périurbain, ruraux) ou les styles de vie (ensemble d’attitude et de pratiques caractéristiques d’un groupe social) sont devenues des outils de distinction entre des groupes sociaux. cf. Lahire et « l’homme pluriel ».

2) Les groupes qui se définissent au travers de ces nouveaux critères de distinction peuvent regrouper des individus appartenant à des PCS différentes. Par exemple, les mobilisations féministes regroupent aussi bien des cadres, des employées que des ouvrières.

Au final il semblerait que l’analyse de la société en termes de classes est devenue plus délicate. Tout se passe comme si ces grands groupes sociaux donnaient l’impression d’être éclatés.

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Conclusion: Que sont devenues les classes sociales aujourd’hui?

Face à la difficulté de lire la structure  sociale aujourd’hui, on est vite tenté de prononcer l’affirmation suivante: les classes sociales n’existent plus, la lutte de classes appartient au passé. Toutefois, si on reprend l’analyse de Pierre Bourdieu, il faut garder en tête l’idée que les classes sociales existent « en pointillés » à l’état latent en quelque sorte et qu’une forte mobilisation politique peut à tout moment réactualiser.

À y regarder de plus pré, la classe sociale qui demeure aujourd’hui la plus facile à cerner, parce qu’elle se comporte exactement comme une classe pour soi: il s’agit de ce que les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon nomment  « la grande bourgeoisie », qu’on pourrait appeler la classe dirigeante. Celle-ci sait en effet très bien se mobiliser socialement et politiquement pour défendre ses intérêts et les faire fructifier en créant des lieux de sociabilité uniquement réservés à elle (cercles,  rallyes, etc.).

La classe ouvrière  est sans doute la classe sociale qui a connu les plus profondes mutations: parallèlement à une certaine élévation moyenne de son niveau de vie, elle a connu un certain effritement de son identité et de sa conscience de classe, notamment en raison de la désindustrialisation du territoire et de la fermeture de grands centres industriels (mines, sidérurgie, métallurgie, etc.). Toutefois, cette évolution masque le développement d’une forme de nouveau prolétariat regroupant les précaires, les non qualifiés, les travailleurs pauvres regroupant les précaires, non-qualifiés, les travailleurs pauvres ou les chômeurs de longue durée.

Enfin, les «classes moyennes »  semblent aujourd’hui constituer le coeur de la société française. On entend par « modernisation de la société » la tendance à la réduction des inégalités de niveaux de vie que se traduit par le développement de ces couches moyennes dans la société. Toutefois les contours de la classe moyenne restent flous: près de trois actifs sur quatre déclarent aujourd’hui appartenir à la classe moyenne et on retrouve parmi eux des individus aussi différents que des cadres et des ouvriers qualifiés ou encore des employés non qualifiés.

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